Pétition citoyenne · Forêts de France · Été 2026

Nos forêts ne brûlent pas par hasard.

Monocultures inflammables, coupes rases quasi libres, moyens de secours sabordés, énergies fossiles toujours subventionnées. L'incendie n'est pas une fatalité : c'est le résultat de décisions politiques, dans un climat qu'on continue de réchauffer. Exigeons la futaie irrégulière, la fin de la coupe rase et l'arrêt des soutiens publics aux fossiles.

116 000 haparcourus par le feu en France, fin juillet 2026Bilan fin juillet 2026
220 000personnes évacuées en Gironde cet étéPréfecture de Gironde
+125 %de mortalité des arbres en dix ansIGN, inventaire 2025
52,8 M€coupés à la Sécurité civile début 2024Décret du 21/02/2024

Le constat

En 2026, la France vit sa pire saison d'incendies jamais mesurée. Ce ne sont pas des forêts qui brûlent au hasard : ce sont, presque toujours, les mêmes forêts. Des champs d'arbres.

Fin juillet 2026, le bilan atteint 116 000 hectares parcourus par le feu depuis le début de l'année, du jamais-vu. Le ministre de l'Intérieur décrit une situation « bien plus grave que tout ce que nous avons connu par le passé ». Autour de Bordeaux, l'un des plus grands incendies depuis 1949 force 220 000 personnes à fuir en Gironde, des dizaines de milliers d'autres dans les Landes. Le pays compte « 30 à 40 départs de feu par jour ».

Ce n'est pas un accident isolé. En 2022 déjà, 66 000 hectares avaient brûlé en France, un record depuis le début des relevés satellitaires européens (2006), sept fois la moyenne des quinze années précédentes. La moitié en Gironde, dans le massif des Landes de Gascogne. Or ce massif est planté à 80 à 90 % de pin maritime, une seule espèce, en rangs serrés, depuis 1857. Une forêt fabriquée pour produire du bois vite, pas pour résister.

Une monoculture de résineux, c'est un même arbre, du même âge, avec la même résine inflammable, sur des milliers d'hectares d'un seul tenant. Quand le feu part, rien ne l'arrête.

Vue satellite du massif des Landes en Gironde après les feux de 2022 : une vaste tache sombre de forêt calcinée
Massif des Landes, Gironde, juillet 2022. La large tache brune : la forêt calcinée, vue depuis l'espace. Image Copernicus Sentinel-2 / ESA, Pierre Markuse, CC BY 2.0.

Le fond du problème

La forêt française grandit en surface. Mais elle se meurt en silence.

On l'entend souvent : « la forêt française n'a jamais été aussi étendue ». C'est vrai. Elle couvre 17,6 millions d'hectares, un tiers du territoire, et gagne encore près de 90 000 hectares par an. Mais la surface cache l'essentiel : la forêt française ne nous protège plus comme avant.

En dix ans, la quantité d'arbres qui meurent chaque année a augmenté de 125 %. Épuisée par les sécheresses répétées depuis 2015, attaquée par les ravageurs, trop coupée, la forêt absorbe de moins en moins de CO₂ : sa capacité d'absorption a chuté de près de 40 %. Le « puits de carbone » forestier, l'un de nos meilleurs boucliers climatiques, se referme.

Une forêt malade brûle mieux. Le cercle est vicieux : le climat affaiblit la forêt, la forêt affaiblie brûle, le feu réchauffe le climat.

63 → 39Carbone absorbé chaque année par la forêt (Mt CO₂) : une chute de près de 40 %.IGN 2025
+125 %Mortalité des arbres en dix ans (7,4 → 16,7 millions de m³/an).IGN 2025
~61 000Hectares de coupes rases par an en France, détectés par satellite.Canopée / IGN
10 haDe coupe rase de résineux sans autorisation dans les forêts sans plan de gestion (Gironde, Landes, Lot-et-Garonne).Arrêtés préfectoraux, art. L.124-5

La solution

La futaie irrégulière : une forêt vivante plutôt qu'un champ d'arbres.

Le contraire de la monoculture rasée existe, il est éprouvé, et des forestiers le pratiquent depuis un siècle. On l'appelle futaie irrégulière, ou sylviculture à couvert continu.

Dans une futaie irrégulière, on ne rase jamais. La forêt garde en permanence des arbres de tous les âges et de toutes les tailles, plusieurs essences mélangées, un couvert d'arbres jamais interrompu. On récolte régulièrement, mais arbre par arbre, en gardant la forêt debout. Les jeunes poussent à l'ombre des vieux. La forêt se régénère toute seule.

Pourquoi ça change tout face au feu et à la sécheresse ? Parce qu'un couvert fermé garde le sol frais et humide. Les relevés de terrain le montrent : tant que la canopée reste dense, elle amortit la chaleur ; dès qu'on l'ouvre trop, la température grimpe au lieu de baisser. Un sol nu de coupe rase, en plein soleil, s'assèche et devient un allume-feu. Une forêt fermée reste un milieu humide.

Et parce qu'on ne met pas tous ses œufs dans le même panier : plusieurs essences, plusieurs âges, c'est une forêt qui ne s'effondre pas d'un coup quand arrivent la tempête, le scolyte ou la canicule.

Le modèle qui brûle

La coupe rase

  • Une seule espèce, un seul âge
  • Sol mis à nu, en plein soleil
  • Tout repart de zéro tous les 40 ans
  • Le carbone stocké est relâché d'un coup
Le modèle qui résiste

La futaie irrégulière

  • Plusieurs essences, tous les âges
  • Sol toujours ombragé, frais et humide
  • La forêt reste debout en permanence
  • Récolte régulière, arbre par arbre

Les responsabilités

On a laissé la forêt devenir une poudrière. Puis on a désarmé les pompiers.

La catastrophe a une histoire, et des dates. Aucune n'est une opinion : ce sont des faits publics, votés, signés, chiffrés.

  1. 2000 → 2024

    L'ONF perd un tiers de ses gardes forestiers

    L'Office national des forêts passe d'environ 12 500 agents en 2000 à un peu plus de 8 000 aujourd'hui (8 043 fin 2023). La Cour des comptes alerte en septembre 2024 sur une perte de compétences face à des missions croissantes.

    Cour des comptes, 2024 · questions parlementaires AN & Sénat
  2. 28 octobre 2022

    La promesse : 16 Canadair « avant la fin du mandat »

    Après les feux de Gironde, le président annonce le renouvellement des 12 Canadair vieillissants et l'achat de 4 appareils supplémentaires, pour porter la flotte à seize.

    Déclaration présidentielle, 28/10/2022
  3. 10 juillet 2023

    Une loi « stratégie nationale » contre l'incendie

    Le Parlement vote la loi n° 2023-580 pour renforcer la prévention et la lutte contre les feux de forêt. Sur le papier, l'État se dote d'une ambition.

    Loi n° 2023-580, Légifrance
  4. 21 février 2024

    Sept mois plus tard : 52,8 M€ coupés, deux Canadair abandonnés

    Un décret signé par le Premier ministre annule 52,8 millions d'euros sur le budget de la Sécurité civile. Conséquence confirmée par la Direction de la sécurité civile et deux rapports parlementaires : la commande de deux Canadair est abandonnée.

    Décret du 21/02/2024 · rapport parlementaire 02/07/2025 · Les Surligneurs
  5. Été 2026

    Les plus anciens Canadair ont plus de 30 ans. Les neufs pas avant 2028-2032.

    Pendant que 116 000 hectares brûlent, les Canadair les plus anciens, livrés il y a plus de trois décennies, ont une disponibilité jugée « catastrophique » par les équipages. Les premiers appareils neufs sont attendus en 2028, les suivants vers 2032-2033.

    Commandes DHC-515 · presse spécialisée 2026

Double faute : on a laissé planter et raser des poudrières, et on a coupé les moyens de les éteindre.

Zoom arrière

Les forêts ne sont que le premier front. La vraie bombe, c'est le climat qu'on continue d'amorcer.

Les incendies de cet été ne sont que la partie visible. Le moteur, c'est le réchauffement. Selon les projections de Météo-France reprises par le portail national d'adaptation, dans une France à +2,7 °C attendue vers 2050, les surfaces brûlées pourraient être multipliées par quatre, et près de la moitié des forêts et landes métropolitaines seraient exposées à un risque élevé, contre un tiers en 2010. Le feu gagne déjà des régions jusqu'ici épargnées, de la Bretagne à l'Île-de-France.

Et pendant qu'elle envoie ses Canadair, la France continue d'alimenter la cause. Chaque année, l'État maintient entre 7 et 16 milliards d'euros de niches fiscales défavorables au climat (7,6 milliards reconnus dans son propre « budget vert », jusqu'à 16 selon l'I4CE), pour l'essentiel des avantages sur les carburants fossiles. Il s'était engagé, avec le G7 en 2016, à supprimer ses soutiens inefficaces aux fossiles d'ici 2025 : promesse non tenue. Via son assurance export publique, il a garanti 9,3 milliards d'euros de projets pétroliers et gaziers entre 2009 et 2019 ; il a depuis engagé leur arrêt, mais des soutiens subsistent.

On ne sauvera pas les forêts en éteignant les feux un par un si l'on subventionne le carburant qui les allume. Protéger la forêt et sortir des fossiles, c'est le même combat, et il commence par les choix budgétaires de la France.

× 4Surfaces brûlées possibles d'ici 2050 dans une France à +2,7 °C.Météo-France
50 %Des forêts métropolitaines exposées à un risque élevé en 2050, contre un tiers en 2010.Rapport Sénat
7-16 Md€Par an de niches fiscales défavorables au climat, favorables aux fossiles.I4CE 2023 · budget vert
9,3 Md€De garanties publiques à l'export au pétrole et au gaz entre 2009 et 2019.Oxfam France

Objections & réponses

Les critiques sont légitimes. Voici nos réponses.

Le pin maritime ne pousse pas à l'ombre, on ne peut pas le gérer en couvert continu

Réponse

C'est vrai pour certaines essences pionnières comme le pin maritime, qui aiment la lumière. Mais la conclusion n'est pas de conserver la monoculture : c'est de diversifier, d'introduire des feuillus, de bâtir des mélanges qui coupent la propagation du feu. Là où le couvert continu n'est pas possible tel quel, on interdit au moins la remise en place d'une monoculture d'un seul tenant.

Convertir une plantation en futaie irrégulière prend des décennies

Réponse

Exact, et nous l'assumons : le Centre national de la propriété forestière le dit lui-même, la conversion demande plusieurs décennies et doit rester progressive. C'est précisément pourquoi nous demandons une transition obligatoire mais encadrée, pas un basculement du jour au lendemain. Raison de plus pour l'inscrire dans la loi maintenant : chaque année perdue, c'est trente ans de retard.

C'est plus technique et moins rentable pour les propriétaires

Réponse

La futaie irrégulière apporte des revenus réguliers plutôt qu'un gros chèque tous les quarante ans, évite les frais de replantation, et supprime le risque de tout perdre en une nuit. Et surtout : un hectare qui brûle coûte à toute la société (secours, évacuations, carbone, eau). La rentabilité privée de la coupe rase est payée par la collectivité.

Ce que nous demandons

Cinq mesures pour des forêts qui ne brûlent plus, et des moyens pour les défendre.

  1. La futaie irrégulière comme norme légale

    Faire du couvert continu le mode de gestion de référence de toutes les forêts françaises, et interdire la coupe rase comme pratique courante, sauf raison sanitaire justifiée, selon un calendrier de transition inscrit dans le Code forestier.

  2. La fin de la monoculture obligatoire

    Interdire de remplacer une forêt par une plantation d'une seule essence. Rendre le mélange d'essences obligatoire à chaque régénération.

  3. L'argent public au bon endroit

    Réorienter 100 % des aides publiques au reboisement (France 2030, plan de renouvellement forestier) vers la diversification et le couvert continu, au lieu de subventionner coupe rase et plantation monospécifique.

  4. Réarmer l'ONF et la Sécurité civile

    Stopper les suppressions de postes à l'ONF et lancer un plan de réembauche. Sanctuariser le budget de la Sécurité civile : plus aucune annulation de crédits sur les moyens de lutte.

  5. Tenir la promesse des Canadair

    Un calendrier ferme et financé de renouvellement de la flotte de bombardiers d'eau, avec un point d'étape public chaque année.

  6. Couper le carburant de l'incendie

    Mettre fin aux soutiens publics de l'État aux énergies fossiles : supprimer les niches fiscales défavorables au climat selon un calendrier ferme, et achever la sortie des garanties publiques à l'export pour tous les projets fossiles, sans exception.

Agir maintenant

Signez, et faites signer. C'est le nombre qui obligera à répondre.

Nous portons cette exigence sur deux fronts en même temps : une pétition officielle qui oblige les institutions à se saisir du sujet, et une pétition grand public pour le nombre et la pression. Les deux comptent. Signez les deux.

Levier institutionnel

Sénat

La pétition officielle la plus contraignante. À 100 000 signatures en 6 mois, la Conférence des présidents doit l'examiner et décider d'une suite : mission, débat, ou proposition de loi.

Seuil déclencheur : 100 000 · 6 mois
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Le nombre

Change.org

Aucun seuil, une diffusion virale. C'est le compteur qui grimpe, la pression médiatique, le lien que l'on partage partout pour interpeller les responsables.

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Second canal

CESE

Le Conseil économique, social et environnemental, compétent sur l'écologie. À 150 000 signatures en un an, il rend un avis officiel qui nourrit le débat législatif.

Seuil : 150 000 · 1 an
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